Au début, il y a trois bouleaux du petit jardin. J’avais accès au tilleul et au cerisier des voisins, mais les bouleaux je pouvais les peler.

J’adorais cela, je m’appliquais à faire des pelures les plus grandes possibles. Cela peut tuer l’arbre m’a-t-on dit un jour. Je continuais ma besogne en prenant soin de ne pas tuer les arbres…

Plus grande, je me suis mise à faire la guerre, cela aussi m’occupait, j’étais espion. Mon arme et mon plaisir étaient de fabriquer des « crottes de chien », faites avec l’argile du jardin, moulées et peintes à la gouache, ensuite déposées dans les boites aux lettres ou sur les marches de l’entrée des maisons ennemies . Découverte de la texture de la terre avec ses combinaisons et ses cohérences…

Naissance du peuple d’argile à la peau qui ressemble à l’écorce des arbres, debout, défiant l’équilibre, traces de guerre et de vie.

Les bras dessins ressemblent de plus en plus à des veines qui irriguent les troncs de sève et, les longs doigts aux fines racines.

Œuvre figurative, déformée, traitée librement

Il est debout, vibrant, expressif, fragile…
Elle, c’est l’argile, détournée de son rôle utilitaire, sans vernis, cuite, défiant le temps.
Elle est couverte de fissures, crevasses, craquelures…
Il est couvert de cicatrices, rides et plis.
Traces de vie, traces de vécu.
Peuple dont la peau ressemble à l’écorce de l’arbre.
Fier, vertical et digne, parfois arrogant, séducteur ou séduit, ou simplement lui…
Sans bras, non ils sont là, gravés et rehaussés de blanc, collés au corps, comme impuissants.

Fluidité du corps.

Homme brut, homme dressé, authentique.
Pour faire l’homme blanc, j’ai pris la terrer noire, pour le noir, la blanche.
Ni peau, ni couleur, une personne, un esprit.
A l’aube de la parole, il y a le geste de se dresser…de créer

 

Fabienne CLAESEN